Parlons éco

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vendredi 24 juin 2016

Question secondaire de constitutionnalité

Une QSC me taraude. J’ai lu avec attention la décision n° 2016-545 QPC du 24 juin 2016 rendue par le conseil constitutionnel. Elle est partout interprétée comme le fait que Jérôme Cahuzac va en toute légitimité pouvoir être jugé au pénal, légitimité que son avocat contestait. Or, je me demande si la décision ne dit pas d’une certaine manière qu’il peut être jugé, voire condamné, mais qu’on ne peut pas lui infliger de sanction. Je détaille donc mon raisonnement et en appelle aux juristes compétents pour qu’ils confirment cette interprétation ou qu’ils m’expliquent d’où vient mon erreur.

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dimanche 10 avril 2016

Théorie Lavoisienne de la valeur appliquée au non-deal Bouygues-Orange

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », cette aphorisme attribué à Lavoisier s’applique-t-il à la valeur ? Le journal « Les Échos » ne semble pas le penser puisqu’il titrait ce mardi 5 avril 2016 « Télécoms : plus de 10 milliards partis en fumée en Bourse ». Ceci faisait référence à la baisse de cotation des actions des quatre opérateurs téléphoniques après l’annonce de l’abandon des négociations entre Orange et Bouygues. Les négociations étaient en cours pour repasser de quatre à trois opérateurs téléphoniques. Le principe général était un partage de Bouygues entre les trois opérateurs restants (pour garder un équilibre entre les trois). En pratique, c’est Orange qui devait réaliser l’opération de rachat puis vendre des parties à ses concurrents. Les marchés financiers devaient voir sous un bon œil ce rachat puisqu’ils ont fortement diminué la valorisation boursière des quatre opérateurs après l’échec de l’opération. Pour autant, regarder uniquement les capitalisations boursières de quatre opérateurs téléphoniques peut s'avérer un peu léger pour dire que de la valeur est partie en fumée. Est-ce vraiment de la valeur qui a disparu ? A-t-elle vraiment disparu où a-t-elle été transférée ? Qui seraient alors les bénéficiaires et les perdants du transfert ? Posons-nous deux minutes et tentons de raisonner calmement.

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mardi 29 mars 2016

Un petit tour sur la vie des idées

Ce blog est longtemps apparu inactif mais je ne le suis pas resté. Mon dernier post a été rédigé pour la vie des idée. Il s'agit d'une recension sur le livre d'Anthony Atkinson : "Inégalités".

vendredi 29 janvier 2016

Refus de savoir, désir d'agir

Les débats autour des déclarations de Manuel Valls sur la culture de l’excuse m'ont rappelé un moment particulièrement douloureux de ma formation. Je sais bien que beaucoup a été dit et écrit dernièrement (et sûrement mieux que je ne pourrais le faire) sur la nécessité de toujours chercher à comprendre et sur la distinction entre comprendre et excuser (je ne mets pas de lien, c'est partout). Je voudrais revenir sur un point qui me semble essentiel dans le débat : la relation entre la construction de la connaissance académique - forcément généralisante - et les contraintes de l'application du droit - forcément individualisées. Mais avant cela, permettez-moi un petit détour par ma première grande déception intellectuelle, qui est doublement d'actualité en ce début d'année.

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mardi 12 janvier 2016

La crise des subprimes 101

Après Margin call il y a quelques années, l'occasion nous est donné de voir un nouveau très bon film sur le monde de la finance et la crise des subprimes, à savoir The big short. Si le premier était un huis-clos sur les us et coutumes d'une banque en période de crise, le second se veut beaucoup plus général et didactique. Il est tiré du livre du même nom qui est une enquête sur des traders qui ont su anticiper l’éclatement de la bulle immobilière. Les styles sont également totalement opposés : lent et intimiste pour le premier, avec un accent particulier sur les dilemmes (a)moraux des personnages ; rapide et show off pour le second, avec des scènes de fiction entrecoupées de cours de mise à niveau technique (même si certaines ficelles peuvent paraître trop grosse au début, on finit par se laisser entraîner dans le rythme). Pour ceux qui ne veulent pas aller voir ce film mais veulent mieux comprendre la crise comme pour ceux qui en reviennent et veulent quelques clarifications, je propose une petite histoire rapide de la crise des subprimes. Cela peut aussi tenter ceux qui comptent aller voir le film et veulent être au point pour être sûr de bien suivre. Que ceux-ci se rassurent, il n'y a rien à spoiler dans ce film. The big short, c'est comme Titanic, tout le monde connait la fin avant d’aller le voir : le Special Purpose Vehicle coule à la fin.

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dimanche 15 novembre 2015

Ironie du timing

Vendredi après-midi, je publiais sur ce blog un post dénonçant un type de manipulation statistique, et plus globalement l’utilisation trompeuse de chiffres pour tenter de donner un semblant de crédibilité scientifique à des thèses manquant violemment de robustesse empirique. Notamment, dans le discours simplificateur de Christophe Guilluy sur « les métropoles » et « la périphérie », ce dernier prenait exemple d’une ville appartenant aux métropoles selon sa propre définition, pour illustrer le mal-être des classes populaires reléguées en périphérie. La vérité est que ce qui se passe dans les territoires urbanisés est bien plus complexe et divers que ce qu’en dit Christophe Guilluy, ce ne sont pas que des « bobos riches » et des « immigrés bénéficiant de logements sociaux », chassant la classe moyenne dans les périphéries.

Il se trouve que des enseignants-chercheurs - dont certains sans aucun doute des bobos métropolitains - ont cherché à comprendre plus en détails ce qui se passe dans les métropoles, et leurs études sont évidemment moins manichéennes, plus approfondies et bien plus intéressantes. C’est le cas notamment de Matthieu Giroud, Maître de Conférence en géographie à l’université Paris-Est, qui a par exemple publié récemment un article dans la vie des idées sur la gentrification et les discours et politiques de la mixité sociale. En se basant sur de nombreux travaux de terrain approfondis, il fait apparaître toute l’hétérogénéité des situations urbaines. Concernant les rapports entre classes populaires et classes moyennes et supérieures, si la question territoriale est prégnante, tout ne se joue pas entre métropoles et périphérie : une part importante de la compréhension des évolutions des conditions de vie des classes populaires et des inégalités se passe à l’intérieur des territoires métropolitains, avec des évolutions très diverses, et même une grande hétérogénéité dans la réception de la gentrification par les classes populaires gentrifiées elles-mêmes.

Malheureusement, Matthieu Giroud était sorti vendredi dernier dans ces quartiers si « bobos » de la vie nocturne parisienne. Il n’écrira plus. Fait chier.

vendredi 13 novembre 2015

Introduction à la manipulation statistique, pédagogie par l'exemple

Peu de phrases m'énervent autant que « on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres ». Non, on ne peut pas leur faire dire n'importe quoi, mais on peut prétendre qu'ils disent ce qu'ils ne disent pas. Cela s'appelle de la manipulation statistique, c'est de l'ordre du mensonge. Je lisais dernièrement un livre qui a connu son moment de gloire l'année dernière (mais je ne suis pas toujours à la mode dans mes lectures) et j'ai été horrifié par une telle manipulation. Il s'agit de "La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires" de Christophe Guilluy, paru en septembre 2014 aux éditions Flammarion. La thèse principale de ce livre pourrait se résumer ainsi :

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lundi 2 novembre 2015

Le rachat de Newen et la confusion entre service public et actionnariat public

Après l'annonce du rachat de la société de production Newen par TF1, de nombreuses voix se sont élevées pour condamner cette acquisition, notamment du côté de France Télévision. En particulier, parmi les arguments présentés, le fait que France Télévision est un groupe audiovisuel public, financé par la redevance, est revenu assez fréquemment. Cet argument est assez troublant car il est difficile de voir le lien direct entre le fait que France Télévision est un groupe public et le problème du rachat par un de ses concurrents privés d’une société de production privée. Les anciens actionnaires privés de Newen étaient-ils plus légitimes à recevoir les dividendes de contrats passés avec la chaine publique (financés par la redevance) que ne le sont ses nouveaux actionnaires, tout autant privés : ceux de TF1 ?

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mardi 17 février 2015

Les cinq phases du deuil des politiques publiques

Beaucoup de choses ont été dites sur les liens entre les chercheurs académiques et les décideurs politiques, encore plus reste à dire certainement. Mon but ici est uniquement de donner un modeste témoignage et mon sentiment sur ce qui parfois fait que ce lien n’est pas celui qu’on pourrait espérer, celui que le fameux « idéal démocratique » met si souvent en avant. Comme je suis du côté des académiques, et pire encore des économistes – donc donneur de leçons et persuadé (bien conscient voulais-je dire) que personne à part moi (éventuellement nous) ne comprend rien à rien – je prendrai volontairement un parti totalement partial en ne regardant que la paille (mais quelle énorme paille) dans l’œil de l’administration et passant complaisamment sous silence la si petite poutre dans l’œil des universitaires. Pour l’avoir vécu de nombreuses fois, la réception par l’administration d’évaluations de politiques publiques, quand les évaluations sont défavorables, suit le cheminement suivant en cinq phases observables à travers les questions posées aux chercheurs venus présenter ses travaux.

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lundi 24 novembre 2014

Optimisation fiscale 101

Lors de la rencontre des ministres des finances du G20 les 20 et 21 septembre derniers à Cairns en Australie, ces derniers ont validé les propositions de l’OCDE en vue de limiter les problèmes des systèmes fiscaux nationaux pour imposer les sociétés multinationales. Alors que l’OCDE a longtemps eu comme objectif fiscal principal de limiter les phénomènes de double taxation afin de favoriser le commerce international, l’organisation se penche depuis l’été 2013 sur la question de la double non taxation et en particulier sur les questions d’évasion fiscale via l’érosion de la base ou les transferts de profits taxables entre les différentes filiales localisées dans différents régimes fiscaux (BEPS en anglais pour Base Erosion and Profit Shifting). S’il n’est pas nouveau, le problème s’est accru par la mondialisation des échanges mais surtout des financements, et par la part grandissante des immatériels parmi les actifs des sociétés multinationales. Petit récapitulatifs des grands principes d’optimisation fiscale des entreprises multinationales.

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mardi 14 octobre 2014

Le Capital et son singe, critique théâtrale par un économiste

Encore si jeune, ce blog inaugure une nouvelle rubrique, celle de la critique théâtrale. Et pour cause. Quand le théâtre se mêle d’économie, les économistes doivent se mêler de théâtre. Je suis récemment allé voir la pièce « Le Capital et son singe » au théâtre de la colline à Paris. Tout d’abord, je tiens à préciser que j’ai beaucoup aimé, et je vais tenter de vous dire pourquoi, en espérant que cela vous donne l’envie d’aller voir cette pièce. Fidèle à la réputation des économistes, qui arrivent après la bataille, qui expliquent après coup pourquoi il y a eu crise, je fais cette critique alors que la troupe vient de donner sa dernière représentation au théâtre de la colline. Mais j’espère qu’elle continuera ailleurs, et que vous aurez l’occasion de la voir. Avant de commenter le cours d’économie marxiste prodigué par cette pièce, il faut bien se rendre compte qu’il n’est qu’une petite partie de l’intérêt de celle-ci : c’est aussi une pièce sur la politique et la stratégie révolutionnaire, ainsi que sur l’histoire bien évidemment ; et c’est avant tout une pièce de théâtre, une fiction.

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jeudi 11 septembre 2014

Manifeste pour l'analyse néoclassique en sciences sociales

En ce début d’année, alors que les cours reprennent, je me tiens prêt à expliquer l’intérêt et les apports autant théoriques que pratiques de l’analyse néoclassique à des étudiants parmi lesquels certains n’y voient qu’un discours idéologique quand d’autres y voient une vérité intemporelle. Evidemment, ce n’est ni l’un ni l’autre. Il y a quelques années de cela, j’avais écrit un article paru sur le journal du MAUSS à ce sujet. Je vais m’efforcer de synthétiser ici ma pensée. L’analyse néoclassique n’est pas intrinsèquement une discipline idéologiquement normative, mais des économistes en tant que personnes – et bien plus encore des non économistes – au mieux interprètent, au pire déforment les résultats autour de leurs propres valeurs ou intérêts, camouflant le subterfuge sous un discours prétendument objectif et scientifique. Ces mêmes idéologues pensent ou disent qu’elle constitue une vérité complète et intemporelle. En réalité, l’analyse économique néoclassique positive, consciente de ses limites et du caractère social et non naturel de ce qu’elle décrit, n’est qu’une partie, mais une partie nécessaire, des sciences humaines et sociales.

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dimanche 24 août 2014

Dividendes record ou l’utilisation des chiffres sans les comprendre

Depuis quelques jours et la publication par HGI de son index sur les versements mondiaux de dividendes au second trimestre 2014 par les plus grandes entreprises cotées, quel homme politique (de gauche) n’a pas tweeté l’information en faisait le lien avec le pacte de responsabilité voire en insinuant que c’est le CICE qui est reversé aux actionnaires ? De nombreux journaux ont relayé l’information et libération en a même fait sa une - « dividendes, l’indécence » - et consacré ses pages 2 à 5 à ce sujet le 20 août. A chaque fois, des chiffres bruts sont donnés, nombre de points d’exclamations sont utilisés, mais l’explication reste pour le moins superficielle. Chacun préfère prétendre que cela constitue la preuve qu’il avait bien raison et qu’il nous l’avait bien dit. J’ai pour ma part critiqué la TVA sociale et le CICE (ici puis ici) et plus globalement de la stratégie française de baisse du coût du travail peu qualifié (ici). Je ne manque pas non plus une occasion de rappeler les principes de l’incidence fiscale (ou de l’incidence des allocations) : les payeurs finaux (où les bénéficiaires finaux) ne sont pas ceux décidés par le législateur mais les coûts (et les bénéfices) sont en fait redistribués sur les différents marchés. Pour autant, les informations révélées sur les dividendes ne sont absolument pas suffisantes pour pouvoir les utiliser ne serait-ce comme illustration de tout cela, et une étude à peine plus approfondie montre encore une fois comment on peut facilement faire mentir des chiffres quand personne ne cherche réellement à les comprendre.

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dimanche 27 juillet 2014

Enseignement : compréhension des mécanismes ou injonction normative ?

En tant qu’enseignant, je cherche à expliquer et faire comprendre les raisonnements, les liens entre les hypothèses et les résultats. J’insiste sur le fait que les hypothèses ne sont jamais totalement vérifiées et que les résultats ne sont donc pas à prendre au pied de la lettre. Ce ne sont pas des vérités éternelles mais plutôt des tendances plus ou moins fortes selon la pertinence des hypothèses, dans le cadre de chaque situation considérée. Ceci doit conduire non seulement à ne pas idolâtrer un modèle et relativiser ses résultats, mais inversement à ne pas rejeter complètement tout résultat de modèle dont on ne serait pas pleinement et intégralement d’accord avec les hypothèses, des mécanismes intéressants peuvent en être inférés.

Je ne prétends pas que ce message est toujours totalement saisi mais j’espère qu’il est au moins partiellement compris. De ce point de vue, j’ai assisté le mois dernier à la présentation d’un article qui pourrait être démoralisant. Lors des 13èmes journées d’économie publique « Louis-André Gérard-Varet » à Aix-en-Provence, Douglas Bernheim de l’université Stanford en Californie a présenté une étude portant sur les modifications de comportement suite à un cours de base de finance. Une large littérature existe sur les connaissances en matière de finances et les choix d’investissement et de consommation. L’idée principale que sous-tend cette littérature est que les individus ne sont pas capables de se rendre compte réellement des gains de l’épargne et de ce fait n’épargnent pas assez. Quand ils reçoivent l’enseignement adéquat, ils corrigent leurs choix à la hausse, épargnent plus et s’en trouvent plus heureux.

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samedi 12 juillet 2014

Salaire minimum, emploi et manipulation

Depuis plusieurs jours fleurissent sur twitter des messages se réjouissant que les « Les Etats (US) ayant augmenté le salaire minimum ont créé plus d’emploi que les autres ». S’ils sont attaqués, les auteurs pourront se défendre qu’ils n’ont absolument pas dit que la différence avait la moindre significativité statistique, et encore moins que cela reflète un lien causal. Il n’empêche que la formulation vise clairement à faire croire à ce lien causal, ou pour le moins à convaincre que le lien causal opposé (le SMIC tue l’emploi) est faux. Le fait que cette seconde assertion soit loin d’être aussi nette que certains veulent bien le dire et que les défenseurs de la suppression du SMIC emploient souvent des manipulations au moins aussi grotesques ne justifie en rien cette forme de travestissement de la vérité consistant à faire croire qu’on dit (mais sans le dire vraiment) qu’il est prouvé « scientifiquement » que le salaire minimum favorise l’emploi.

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