Vendredi après-midi, je publiais sur ce blog un post dénonçant un type de manipulation statistique, et plus globalement l’utilisation trompeuse de chiffres pour tenter de donner un semblant de crédibilité scientifique à des thèses manquant violemment de robustesse empirique. Notamment, dans le discours simplificateur de Christophe Guilluy sur « les métropoles » et « la périphérie », ce dernier prenait exemple d’une ville appartenant aux métropoles selon sa propre définition, pour illustrer le mal-être des classes populaires reléguées en périphérie. La vérité est que ce qui se passe dans les territoires urbanisés est bien plus complexe et divers que ce qu’en dit Christophe Guilluy, ce ne sont pas que des « bobos riches » et des « immigrés bénéficiant de logements sociaux », chassant la classe moyenne dans les périphéries.

Il se trouve que des enseignants-chercheurs - dont certains sans aucun doute des bobos métropolitains - ont cherché à comprendre plus en détails ce qui se passe dans les métropoles, et leurs études sont évidemment moins manichéennes, plus approfondies et bien plus intéressantes. C’est le cas notamment de Matthieu Giroud, Maître de Conférence en géographie à l’université Paris-Est, qui a par exemple publié récemment un article dans la vie des idées sur la gentrification et les discours et politiques de la mixité sociale. En se basant sur de nombreux travaux de terrain approfondis, il fait apparaître toute l’hétérogénéité des situations urbaines. Concernant les rapports entre classes populaires et classes moyennes et supérieures, si la question territoriale est prégnante, tout ne se joue pas entre métropoles et périphérie : une part importante de la compréhension des évolutions des conditions de vie des classes populaires et des inégalités se passe à l’intérieur des territoires métropolitains, avec des évolutions très diverses, et même une grande hétérogénéité dans la réception de la gentrification par les classes populaires gentrifiées elles-mêmes.

Malheureusement, Matthieu Giroud était sorti vendredi dernier dans ces quartiers si « bobos » de la vie nocturne parisienne. Il n’écrira plus. Fait chier.